Lundi matin, 6h50, le wagon sent la saleté et le pain au chocolat du panos. Une personne regarde attentivement l’écran qui indique les prochains arrêts et un jeune est assoupi sur une des fenêtres.
Pour moi, le trajet ne durera pas très longtemps, enfin tout est relatif. Une trentaine de minutes environ.
J’aime tellement le bercement du train que je pourrais y rester pendant des heures et m’y assoupir comme ce jeune homme un wagon plus loin. Mais je descends dans deux arrêts, pas nécessaire de faire un petit somme.
Donc pour passer le temps je regarde les paysages qui défilent sous mes yeux.
Il y a du gris, un peu de couleur qui provient de la nature, cette maison qui tombe en ruine. Je suis à moitié dans mes pensées, à moitié dans mes chaussures, à moitié ici, à moitié là-bas, je suis partout en fait et là je vois quelque chose se rapprocher. Quelques lettres peintes en blanc sur une façade en briques : « va te faire aimer ».
C’est inscrit en lettres capitales “va te faire aimer” et je le prends plus mal encore qu’un « va te faire voir ! ». Pourtant, c’est juste un tag, ce sont juste des lettres blanches et pourtant ça m’interpelle. Une fille en face de moi l’aperçoit aussi, je pense qu’elle ne le prend pas comme je l’interprète. Se pose-elle la même question que moi ? : « Peut-on vraiment allez se faire aimer aussi fort qu’un va te faire voir ? ».
Rania Zoufir
